Les phares d’Iroise

Au large du Finistère, disséminés dans les eaux tumultueuses de la mer d’Iroise, six phares mythiques – Kéréon, la Jument, Nividic, Ar-Men, le Four et les Pierres-Noires – sont, depuis avril 2017, classés au titre des monuments historiques. Même automatisées, leurs lumières continuent de guider les marins.

  • Antoine Peillon
  • Le 28 juin 2017

La Jument

Ce phare fut construit près d’Ouessant entre 1904 et 1911, à l’entrée du courant particulièrement puissant du Fromveur, où de nombreux naufrages ont eu lieu (31 navires perdus dans cette zone entre 1888 et 1904, dont le paquebot anglais Drummond Castle, en juin 1896, avec 258 victimes…).

Nividic

Construit entre 1912 et 1936 au large de l’île d’Ouessant, il est l’ouvrage le plus à l’ouest de la Bretagne. Son nom lui vient du rocher presque inaccessible sur lequel il est posé, le Leurvaz an Ividig. Depuis 1996, des panneaux solaires lui permettent de fonctionner de façon autonome.

Le Four

Au large de la presqu’île Saint-Laurent, entre la côte ouest du pays de Léon et les roches d’Argenton, le Four a été bâti sur un écueil de granit de 25 m de diamètre et de 11,50 m de haut, entre 1869 et 1874, ce qui en fait un des doyens des phares d’Iroise. Sa portée est de 24,5 milles nautiques (environ 45 km).

Les Pierres-Noires

Construit devant Le Conquet, entre 1867 et 1871, il éclaire et sécurise la pointe Saint-Mathieu et sa chaussée, site particulièrement dangereux pour la navigation, à l’approche de la rade de Brest. Le phare est automatisé depuis 1992 et télécontrôlé par le phare du Créac’h (sur l’île d’Ouessant).

Kéréon

Il est élevé sur le récif de Men Tensel (Pierre hargneuse, en breton), entre les îles d’Ouessant et de Molène, sur le passage du Fromveur, courant le plus puissant et rapide d’Europe. Construit entre 1907 et 1916, il est le dernier « enfer » (phare isolé en pleine mer) à avoir été automatisé, le 29 janvier 2004.

Ar-Men

Son nom signifie « le rocher » en breton. Ce phare, peut-être le plus célèbre de tous, fut construit très loin au large, à l’extrémité de la chaussée de Sein, entre 1867 et 1881. Considéré comme particulièrement dangereux par les gardiens de phares, il était surnommé « l’Enfer des Enfers ». L’écrivain Jean-Pierre Abraham l’a célébré dans Armen, un livre aujourd’hui mythique (lire ci-dessous).

Miniatures Bric à Breizh (bricabreizh.fr)

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Armen, de Jean-Pierre Abraham

  • Antoine Peillon
  • Le 28 juin 2017

Mystère, aventure, peur, beauté : tous les ingrédients sont réunis pour inspirer les romanciers. Ainsi, Le Gardien du feu d’Anatole Le Braz (1900) fut un best-seller, autant que Le Phare du bout du monde de Jules Verne (1905) ou que les Records of a Family of Engineers de Robert Louis Stevenson (1896). Mais aucun de ces livres n’a égalé en poésie, ni en réalisme, Armen (Éd. du Seuil, 1967 ; Le tout sur le tout, 1988), de Jean-Pierre Abraham (1936-2003), gardien au phare d’Ar-Men de 1959 à 1962 : « Patience. Choisir d’habiter près d’une lampe, c’est tout de même choisir la couleur de sa vie. Une lumière violente fait écran. Ici, entre les lueurs et les ombres, on doit pouvoir avancer lentement. Peut-être vaudrait-il mieux flamber d’un coup, vivre en torche, se consumer dans un éclair de folie ? Mais la folie est dehors qui hurle. »

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« Je ne quittais pas le faisceau des yeux »

  • Recueilli par Antoine Peillon
  • Le 28 jun 2017

Charles Claden, dit « Carlos », ancien commandant de l’Abeille Flandre (1)

« Aujourd’hui encore, il n’y a pas de bonne navigation sans être attentif à l’environnement du bateau. Le phare, c’est souvent ce qui permet de lever un doute sur la route indiquée par les instruments électroniques, GPS, radar, traceur… Sa lumière, surtout dans la tempête, c’est quelque chose de rassurant. Même quand les cartes électroniques paraissaient sûres, je sortais sur la passerelle pour garder l’œil sur la mer, les côtes, les feux. Et puis, les phares rythment les quarts de veille. Toute la mer est comme animée par leurs éclats, scintillements et occultations. Je me souviens de ces nuits de grand coup de Noroît, où je maintenais l’Abeille Flandre à la cape, dans le courant du Fromveur, au pied du Kéréon sur lequel des vagues énormes se brisaient. Je ne quittais pas son faisceau des yeux. »

(1) Le remorqueur de sauvetage Abeille Flandre, alors basé à Brest, surveillait le rail d’Ouessant et la mer d’Iroise.

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