Une voie infiniment supérieure

THÉOLOGIE

Les vertus théologales revisitées

Antoine Peillon

Le 15 février 2017

Pour le théologien réformé, spécialiste de Barth et Bultmann, la foi, l’espérance et l’amour « sont à vivre dans la matérialité de la chair et du monde ».
Une voie infiniment supérieure,
de Christophe Chalamet,
Labor et Fides, 2016, 256 p., 24 €

On pourrait dire : « Les ChrĂ©tiens en ont rĂŞvĂ©, Christophe Chalamet l’a fait. Â» Car sa reprise thĂ©ologique, Ă  nouveaux frais, des trois « vertus thĂ©ologales Â» (foi, espĂ©rance et amour) – « inventĂ©es Â» par Paul et mises en exergue par Thomas d’Aquin – est d’une limpiditĂ© de style et d’une puissance de persuasion, voire de conversion, très rares. Le professeur de thĂ©ologie systĂ©matique Ă  l’universitĂ© de Genève, spĂ©cialiste de Karl Barth et de Rudolf Bultmann (*), annonce très tĂ´t, dans ce livre, les lignes de fond spirituelles qu’il va suivre.

Une théologie qui incite à la vie

Premièrement, afin de rĂ©incarner une forme de pensĂ©e considĂ©rĂ©e parfois comme trop abstraite, trop cĂ©leste, Christophe Chalamet pratique une thĂ©ologie qui est une « incitation Ă  la vie Â», une façon d’exister « devant Dieu et dans le monde Â» tout Ă  la fois, et donc « une pratique intellectuelle vĂ©cue Â». Deuxièmement, en tant que rĂ©formĂ©, il entend profiter pleinement des « bienfaits de l’ère Ĺ“cumĂ©nique Â», puisant de façon rĂ©solument « dĂ©cloisonnĂ©e Â» aux « sources des diverses confessions chrĂ©tiennes Â», c’est-Ă -dire catholiques et orthodoxes autant que protestantes. Troisièmement, afin de « contrer Â» la « crise Â» contemporaine de la foi et de sa transmission, qu’il constate en Suisse romande, entre autres, le thĂ©ologien invite celle-ci Ă  « saisir que le chemin de vie de tant d’êtres humains dure de plus en plus longtemps, avec de nombreux alĂ©as, avec des temps non seulement de progrès mais aussi de lassitude et de rĂ©gression Â».

Car, faisant sien le constat du grand mathĂ©maticien, philosophe et thĂ©ologien britannique Alfred N. Whithehead que « le monde a perdu Dieu et (qu’) il le cherche Â», Christophe Chalamet a dĂ©cidĂ© de sauter par-dessus « le fossĂ© Â» qui sĂ©pare aujourd’hui « la doctrine chrĂ©tienne et la vie de tous les jours Â». Dans son Ă©lan Ă©vangĂ©lisateur, il dĂ©montre, Ă  force de nombreuses lectures des textes bibliques et de la tradition, que la foi, l’espĂ©rance et l’amour sont certes de l’ordre de la grâce de Dieu, mais qu’« elles sont Ă  vivre dans la matĂ©rialitĂ© de la chair et du monde Â». Citant beaucoup Augustin et Thomas d’Aquin, presque autant que Karl Barth, il prĂ©conise de « renouer avec la tradition augustinienne et monastique, pour qui la vĂ©ritable connaissance est traversĂ©e et animĂ©e par l’amour Â».

Le couronnement de la foi et de l’espérance par l’amour

Le livre de Christophe Chalamet marche alors avec bonheur sur cette « voie infiniment supĂ©rieure Â», ouverte par la première Ă©pĂ®tre aux Corinthiens (1 Co 12,31), qui est un « texte de Paul sur l’amour Â». Revisitant, sur près de vingt siècles, les plus vives exĂ©gèses et spĂ©culations chrĂ©tiennes, suivant, pas Ă  pas, le « chemin Â» de « la foi en JĂ©sus-Christ Â» dont tĂ©moignent, dès la fin du Ier siècle, les dix premiers chapitres des Actes des apĂ´tres, l’auteur conduit ses lecteurs jusqu’au couronnement de la foi et de l’espĂ©rance par l’amour. « L’amour seul est digne de foi, mais aussi digne d’espĂ©rance Â», semble-t-il conclure, en fin d’ouvrage. Mais celui-ci est en rĂ©alitĂ© sans fin, se terminant sur une perspective de vie et de vĂ©ritĂ© oĂą thĂ©ologie et Ă©thique se fĂ©condent sans cesse : « La foi, l’espĂ©rance et l’amour nous font tendre vers autrui et vers Dieu, elles nous mettent aussi en relation avec nous-mĂŞmes, de manière renouvelĂ©e… Â»

Antoine Peillon

(*) Il est aussi l’auteur de ThĂ©ologies dialectiques (Labor et Fides, 2015), sur ces thĂ©ologiens qui ont rĂ©volutionnĂ© la pensĂ©e, au XXe siècle.

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